Carence en vitamine D et sécheresse oculaire

Près d'un adulte sur trois en France souffre de sécheresse oculaire, et pourtant ses facteurs déclenchants restent souvent mal identifiés. La fatigue visuelle, les écrans, la climatisation : on connaît ces causes classiques. Mais une étude majeure publiée en février 2026 dans l'American Journal of Ophthalmology vient mettre en lumière un facteur trop souvent ignoré : la carence en vitamine D. Avec plus de 12 millions de patients analysés, il s'agit de la plus grande étude jamais menée sur le sujet.

Sécheresse oculaire | Lecture : 6 min

Une étude à une échelle inédite

Les recherches sur le lien entre vitamine D et sécheresse oculaire existent depuis plusieurs années ; mais elles reposaient jusqu’ici sur des cohortes limitées, souvent de quelques centaines à quelques milliers de participants. Cette nouvelle étude, dirigée par le Dr Shon B. Shmushkevich du Bascom Palmer Eye Institute ; l’un des meilleurs centres d’ophtalmologie au monde, rattaché à l’Université de Miami ; change radicalement la donne.

Les chercheurs ont exploité la base de données TriNetX US Collaborative Network, une plateforme qui agrège les dossiers médicaux électroniques anonymisés de plus de 180 établissements de santé américains. La période d’observation couvre près de vingt ans, de septembre 2005 à septembre 2025. Après un travail statistique rigoureux d’appariement par score de propension ; une méthode qui permet de rendre les deux groupes comparables en termes d’âge, de sexe et de comorbidités ; l’analyse finale a porté sur 6 047 502 adultes avec carence en vitamine D, comparés à autant de témoins sans carence.

L’âge moyen dans les deux groupes était d’environ 50 ans, et les femmes représentaient environ deux tiers des participants ; ce qui correspond au profil épidémiologique connu de la sécheresse oculaire, plus fréquente chez les femmes, notamment après la ménopause.

Les chiffres clés : un risque augmenté de 28,6 %

Le résultat central de l’étude est clair : les adultes carencés en vitamine D ont développé une sécheresse oculaire dans 3,3 % des cas, contre 2,7 % dans le groupe sans carence. Cet écart, mesuré via un modèle statistique de risque proportionnel (hazard ratio de 1,286), correspond à une augmentation du risque de 28,6 %.

L’analyse sur le long terme est encore plus parlante. À 5 ans de suivi, l’incidence cumulée atteignait 3,58 % dans le groupe carencé contre 2,89 % chez les témoins ; et l’écart continuait à se creuser avec le temps. Autrement dit, plus la carence en vitamine D persiste, plus le risque de développer une sécheresse oculaire s’accumule.

Ces données sont cohérentes avec une étude antérieure présentée à l’ARVO (Association for Research in Vision and Ophthalmology) en 2025, qui portait sur plus de 17 millions de patients et montrait un ratio de risque similaire de l’ordre de 1,3. La convergence de ces deux grands travaux renforce considérablement la crédibilité de l’association.

Pourquoi la vitamine D protège-t-elle les yeux ?

L’association statistique serait difficile à interpréter sans une explication biologique. Or, celle-ci existe, et elle est documentée. L’analyse de ces données souligne que la vitamine D n’agit pas uniquement sur les os ou le système immunitaire.

Elle possède des récepteurs spécifiques (VDR, pour Vitamin D Receptor) présents dans de nombreux tissus de l’organisme ; dont les tissus oculaires. Ces récepteurs sont notamment identifiés dans les cellules épithéliales cornéennes, le corps ciliaire et les cellules rétiniennes.

Lorsque la vitamine D active se lie à ces récepteurs dans les cellules de la cornée, elle déclenche une cascade d’effets anti-inflammatoires : elle réduit l’expression de cytokines pro-inflammatoires ainsi que celle de la MMP-9, une enzyme impliquée dans la dégradation de la matrice cornéenne. En d’autres termes, la vitamine D contribue à maintenir la surface oculaire dans un état de calme inflammatoire.

Une pathologie largement sous-diagnostiquée en France

La sécheresse oculaire est l’une des pathologies ophtalmologiques les plus fréquentes, mais elle reste paradoxalement très sous-détectée. En France, elle représente environ 25 % des motifs de consultation en ophtalmologie, et près d’un tiers de la population adulte est concernée à des degrés divers.

En France spécifiquement, la situation est préoccupante : moins de la moitié des patients diagnostiqués bénéficient d’un suivi régulier planifié. Ce déficit de suivi signifie que de nombreux patients vivent avec une sécheresse oculaire non prise en charge, qui s’aggrave progressivement et impacte leur qualité de vie : difficultés à lire, à travailler sur écran, à conduire de nuit, intolérance aux lentilles de contact.

Faut-il se supplémenter en vitamine D pour ses yeux ?

L’étude établit une association, pas une causalité. Il n’est pas encore démontré que corriger une carence en vitamine D réduira directement le risque ou la sévérité de la sécheresse oculaire. Des essais randomisés contrôlés ; le standard de preuve le plus élevé ; seront nécessaires pour confirmer ce lien et définir les doses optimales.

Cela dit, les auteurs soulignent que chez les patients présentant des symptômes de sécheresse oculaire et présentant un risque de carence, identifier et corriger un déficit en vitamine D peut représenter un complément raisonnable aux traitements standard.

Concrètement, plusieurs points méritent attention :

  • Le dosage sanguin de la 25-hydroxyvitamine D (25-OH D) est le seul moyen fiable de savoir si vous êtes carencé.
  • En France, ce dosage est remboursé par l’Assurance Maladie dans certaines situations (nourrissons, personnes âgées, maladies chroniques).
  • La supplémentation, si elle est indiquée, doit toujours être guidée par un médecin.
  • Les sources alimentaires de vitamine D contribuent, mais couvrent rarement les besoins à elles seules ; en particulier en automne et en hiver.
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Ce qu’il faut retenir

La relation entre vitamine D et santé oculaire est soutenue par un mécanisme biologique cohérent et confortée par des données épidémiologiques à très grande échelle. Une carence en vitamine D n’est pas anodine pour vos yeux. Si vous souffrez de symptômes de sécheresse oculaire ; picotements, brûlures, sensation de corps étranger ; il peut être pertinent d’intégrer un dosage de votre taux de vitamine D à votre bilan de santé, et d’en parler à votre ophtalmologiste.