Facteurs influençant l’abandon des lentilles de contact et le syndrome de l’œil sec

Les lentilles de contact offrent une alternative pratique aux lunettes, mais des problèmes comme la sécheresse oculaire et les troubles des glandes de Meibomius peuvent entraîner de l'inconfort et l'abandon des lentilles. Cet article explore les causes principales de ces défis et propose des solutions pratiques pour améliorer le confort et la satisfaction des porteurs.

Sommaire

Les lentilles de contact sont une option populaire pour corriger la vision, mais leur usage peut parfois s’accompagner d’inconforts qui conduisent certains porteurs à les abandonner. La sécheresse oculaire est la première cause d’arrêt du port de lentilles (Pucker & Tichenor 2020, revue sur l’abandon des lentilles).

Comprendre les mécanismes en jeu permet d’adapter sa prise en charge et, dans bien des cas, de continuer à porter des lentilles dans de bonnes conditions.

Facteurs cliniques associés à l’abandon des lentilles de contact

Pourquoi certains porteurs abandonnent-ils leurs lentilles ?

L’abandon des lentilles de contact est un phénomène bien documenté dans la littérature scientifique. Une étude menée par Andrew D. Pucker et son équipe a identifié trois raisons principales (Pucker & Tichenor 2020) :

  • Les symptômes persistants de sécheresse oculaire
  • Une mauvaise adaptation des lentilles
  • Des infections oculaires fréquentes

Ces problèmes, souvent exacerbés par un suivi médical insuffisant, nuisent au confort et à la satisfaction des porteurs. Les chercheurs insistent sur l’importance d’un suivi régulier pour détecter rapidement les difficultés et éviter que les utilisateurs ne se détournent définitivement des lentilles.

Le rôle des glandes de Meibomius chez les porteurs de lentilles

Les glandes de Meibomius jouent un rôle déterminant dans la tolérance aux lentilles de contact. (TFOS, atelier sur l’inconfort des lentilles, Dumbleton 2013) Situées au bord libre des paupières, elles produisent les lipides qui forment la couche superficielle du film lacrymal. Cette couche lipidique est indispensable pour limiter l’évaporation des larmes : sans elle, les larmes s’évaporent trop rapidement, le film lacrymal se rompt en quelques secondes et la lentille se retrouve en contact avec une surface oculaire insuffisamment lubriéfiée.

Une étude récente s’est intéressée au concept de perte glandulaire (ou dropout) : lorsque les glandes de Meibomius cessent de fonctionner ou disparaissent, les symptômes de sécheresse s’aggravent de manière plus significative qu’en cas de simple distorsion. Ce type de perte constitue un indicateur diagnostique fiable chez les porteurs de lentilles. Les chercheurs recommandent un examen régulier de ces glandes, notamment par méibographie (imagerie infrarouge des paupières), pour détecter précocement les signes de dysfonctionnement.

Caractéristiques morphologiques des glandes et risque d’abandon

Des travaux menés par Lisa A. Jones-Jordan et Wolfgang Sickenberger ont mis en évidence que des modifications structurelles importantes des glandes de Meibomius (atrophie, disparition) sont corrélées à des symptômes plus sévères de sécheresse et à un risque accru d’abandon des lentilles. Ces résultats plaident pour une approche personnalisée du suivi des porteurs, intégrant systématiquement l’évaluation des glandes de Meibomius.

Mécanismes de l’inconfort : pourquoi les lentilles aggravent la sécheresse

L’impact des matériaux sur la surface oculaire

Le matériau de la lentille influence directement le confort et la tolérance. Les lentilles conventionnelles en hydrogel absorbent l’eau qu’elles contiennent, ce qui peut réduire l’hydratation de la surface oculaire et favoriser l’évaporation. Les lentilles en silicone-hydrogel transmettent davantage d’oxygène à la cornée et présentent généralement une meilleure tolérance pour les yeux secs. (TFOS, atelier inconfort des lentilles, 2013) Les lentilles journalières présentent un avantage supplémentaire : leur renouvellement quotidien élimine les dépôts de lipides et de protéines qui s’accumulent sur les lentilles portées plusieurs jours.

L’effet des solutions d’entretien

Certaines solutions d’entretien pour lentilles mensuelles ou bimensuelles contiennent des conservateurs (notamment le chlorure de benzalkonium) qui peuvent irriter la surface oculaire et dégrader le film lacrymal. Le choix d’une solution adaptée aux yeux sensibles ou d’un système en peroxyde d’hydrogène peut améliorer le confort chez les porteurs prédisposés.

Le port prolongé et les comportements à risque

La durée quotidienne de port, le port nocturne (même avec des lentilles adaptées), l’utilisation dans des environnements climatisés ou ventilés, et les longues sessions devant un écran (qui réduisent la fréquence de clignement) sont autant de facteurs qui amplifient l’inconfort. Chacun de ces éléments peut transformer une légère tendance à la sécheresse en intolérance franche aux lentilles.

Solutions pour améliorer l’expérience des porteurs

Adapter le type de lentilles

Le passage aux lentilles journalières en silicone-hydrogel est souvent la première recommandation pour les porteurs souffrant de sécheresse. Ce matériau offre une meilleure transmission en oxygène (Dk/t élevé) et une surface plus compatible avec le film lacrymal que l’hydrogel classique. Des lentilles à gradient d’hydratation ou à surface traitée (coating mucine-mimétique) existent également et peuvent apporter un bénéfice supplémentaire.

Soutenir le film lacrymal

L’instillation de larmes artificielles sans conservateur avant et après le port de lentilles peut améliorer significativement le confort. Certains collyres sont spécifiquement formulés pour une utilisation pendant le port de lentilles (compatibilité indiquée sur l’emballage). Il est important de ne pas utiliser des collyres à base de vasoconstricteurs comme substitut aux larmes artificielles.

Prendre en charge le dysfonctionnement des glandes de Meibomius

Si un DGM est diagnostiqué, le traitement de la cause profonde est souvent plus efficace que d’adapter le seul matériau de la lentille. Les soins de paupières (compresses chaudes, massage des bords palpébraux, hygiène palpébrale) visent à restaurer la qualité et le flux des sécrétions lipidiques. La lumière pulsée intense (IPL) est une option pour les formes modérées à sévères. Ces prises en charge permettent à de nombreux porteurs de retrouver une tolérance acceptable aux lentilles.

Adopter de bonnes habitudes de port

Des examens réguliers chez l’ophtalmologiste ou l’opticien permettent de détecter et traiter rapidement les problèmes avant qu’ils ne deviennent rédhibitoires. Respecter les durées de port recommandées, éviter de dormir avec ses lentilles et suivre les règles d’hygiène (lavage des mains, respect des dates de péremption des solutions) limitent le risque d’infection et d’intolérance.

Quand envisager d’arrêter les lentilles ou d’opter pour une chirurgie

Certains profils de porteurs bénéficieront finalement d’une transition vers les lunettes, au moins temporairement, pour laisser la surface oculaire récupérer. Un arrêt provisoire de quelques semaines suffit parfois à normaliser le film lacrymal et permettre une reprise dans de meilleures conditions.

Pour les patients présentant une sécheresse oculaire modérée à sévère préexistante, la chirurgie réfractive (LASIK, PKR) est à discuter avec précaution : ces interventions peuvent transitoirement aggraver la sécheresse (section des nerfs cornéens lors du LASIK) (Erie 2005, réinnervation post-LASIK). L’évaluation préopératoire doit inclure un bilan complet de la surface oculaire. La PKR ou le LASIK avec volet épais peuvent être préférés selon le profil du patient.

Pour explorer les symptômes et le diagnostic de la sécheresse oculaire associés au port de lentilles, consultez notre article dédié.

Questions fréquentes

Le port de lentilles n’est pas en lui-même une cause de sécheresse, mais il peut en aggraver les symptômes chez les personnes prédisposées. Les lentilles modifient la dynamique du film lacrymal, augmentent l’évaporation et peuvent obstruer partiellement les glandes de Meibomius si elles ne sont pas bien adaptées. Un suivi régulier et le choix d’un matériau approprié permettent souvent de maintenir un port confortable.
Les lentilles journalières en silicone-hydrogel sont généralement mieux tolérées en cas de sécheresse modérée. Leur haute transmissibilité à l’oxygène et leur renouvellement quotidien (qui élimine les dépôts accumulés) en font le choix de référence. Pour les formes sévères, les lentilles sclurales (qui reposent sur la sclère et non sur la cornée) constituent une alternative efficace, prescrite uniquement par des spécialistes.
Oui, dans de nombreux cas, à condition de traiter le dysfonctionnement en parallèle. Les soins de paupières réguliers (compresses chaudes, hygiène palpébrale) améliorent la qualité des sécrétions lipidiques et permettent souvent de retrouver une tolérance aux lentilles. L’ophtalmologiste peut proposer une thérapie complémentaire (IPL, doxycycline, cyclosporine) selon la sévérité.
Un arrêt définitif n’est envisagé qu’après avoir exploré toutes les alternatives (changement de matériau, traitement de la cause sous-jacente, lentilles sclurales). Si malgré ces mesures l’inconfirt reste majeur ou que des lésions cornéennes apparaissent, l’ophtalmologiste peut recommander un arrêt prolongé voire définitif. Une évaluation de la chirurgie réfractive peut alors être discutée selon le profil oculaire.

Article rédigé par OeilSec. Pour toute question ou symptôme persistant, consultez votre ophtalmologiste.

Pour approfondir : Comprendre la sécheresse oculaire | Dysfonctionnement des glandes de Meibomius | Symptômes et diagnostic

Les informations de cet article s’appuient sur des sources scientifiques vérifiées. Consultez notre page Sources pour la bibliographie complète.